L'échelle Dubois-Buyse : la liste des mots à savoir écrire, niveau par niveau (et où la télécharger)

Quels mots un élève de CE1 doit-il savoir écrire ? Et un élève de CM2 ? L'échelle Dubois-Buyse répond à cette question depuis 1940 : près de 4 000 mots courants classés en 43 échelons de difficulté orthographique, du CP à la seconde. Voici ce qu'elle est, où la télécharger gratuitement, comment s'en servir — et les trois limites que nos évaluations ont fait ressortir.

« Ce mot est-il trop difficile pour un CE1 ? » Tout enseignant se pose la question chaque fois qu'il compose une dictée, une liste de mots à apprendre ou un exercice d'orthographe. L'intuition répond souvent bien, mais elle a ses angles morts : certains mots nous paraissent simples parce que nous les écrivons tous les jours. L'échelle Dubois-Buyse apporte une réponse mesurée à cette question, et elle est librement consultable.

Une liste de mots classés par difficulté — pas un test

L'échelle Dubois-Buyse est une échelle d'acquisition orthographique : près de 4 000 mots de la langue courante, répartis en 43 échelons de difficulté croissante, du CP à la seconde. Établie en 1940 à partir d'enquêtes menées auprès d'élèves français et belges, elle a été révisée depuis, et sa référence éditoriale reste l'ouvrage de François Ters, Georges Mayer et Daniel Reichenbach, L'échelle Dubois-Buyse d'orthographe usuelle française (éditions OCDL).

Le critère qui définit un échelon est précis et vaut la peine d'être retenu : un mot est placé à l'échelon où il est correctement orthographié par 75 % des élèves de l'âge correspondant. Ce n'est donc ni une liste de fréquence — les mots rares mais faciles à écrire restent bas — ni un palmarès de difficulté théorique. C'est une mesure empirique de ce qui est effectivement acquis, et à quel moment.

Les auteurs le précisent d'emblée, et c'est important : cette échelle n'est pas un test. C'est un instrument permettant d'élaborer des tests et des exercices. On ne « fait pas passer » l'échelle Dubois-Buyse à un élève ; on s'en sert pour calibrer ce qu'on lui propose.

Comment lire un échelon

Chaque échelon correspond à une tranche d'âge et à un niveau scolaire. Voici la correspondance publiée avec l'échelle :

  • Échelons 1 à 7 — CP, 6 à 7 ans (maison, papa, porte, rue, école, jardin…)
  • Échelons 8 à 11 — CE1, 7 à 8 ans
  • Échelons 12 à 15 — CE2, 8 à 9 ans
  • Échelons 16 à 19 — CM1, 9 à 10 ans
  • Échelons 20 à 23 — CM2, 10 à 11 ans (hasard est à l'échelon 25, tout juste au-dessus)
  • Échelons 24 à 27 — 6ème, 11 à 12 ans
  • Échelons 28 à 31 — 5ème, 12 à 13 ans (conscience apparaît à l'échelon 28)
  • Échelons 32 à 35 — 4ème · 36 à 39 — 3ème · 40 à 42 — seconde

La lecture pratique est immédiate : si vous préparez une dictée de CM1, les mots des échelons 16 à 19 sont votre cœur de cible. Ceux des échelons inférieurs consolident, ceux des échelons 20-23 constituent le défi accessible, et au-delà de 25 vous sortez de ce que la majorité de la classe peut réussir.

Où trouver et télécharger l'échelle Dubois-Buyse

L'échelle circule depuis des décennies dans les écoles, republiée par des circonscriptions, des académies et des enseignants. Voici les points d'accès que nous avons vérifiés — tous fonctionnels et gratuits :

  • La liste complète, échelon par échelono.bacquet.free.fr/db2.htm. C'est la référence la plus consultée en ligne : le tableau des échelons, la liste intégrale des mots, et un téléchargement au format texte. C'est le point de départ le plus pratique si vous voulez manipuler l'échelle vous-même.
  • Le document de l'académie de StrasbourgEchelleDuboisBuyse.doc (fichier Word, 430 Ko). Pratique si vous voulez copier-coller des listes dans vos propres supports.
  • Un générateur de listeskrole.forge.apps.education.fr, hébergé sur la forge de l'Éducation nationale. Vous choisissez vos échelons, l'outil produit une liste exportable en PDF ou en texte. Le plus rapide pour fabriquer une liste de mots à apprendre.
  • Une version tableurCharivari à l'école propose l'échelle sous forme de tableur, filtrable et triable. Utile pour croiser un échelon avec vos propres critères.
  • Une sélection en PDF prête à imprimerTrousse et Frimousse, si vous cherchez simplement une liste à afficher ou à distribuer.

Cinq façons de s'en servir

  • Calibrer une dictée. Composez le texte à partir de l'échelon du niveau visé, en glissant deux ou trois mots de l'échelon supérieur — assez pour que la dictée apprenne quelque chose, pas assez pour décourager.
  • Construire une liste de mots hebdomadaire. C'est l'usage historique : une progression d'échelon en échelon donne une année entière de listes cohérentes, sans arbitraire.
  • Diagnostiquer un écart. Un élève de CM2 qui bute sur des mots de l'échelon 12 ne relève pas du même accompagnement que celui qui bute à l'échelon 22. L'échelle transforme une impression — « il a des difficultés en orthographe » — en un repère chiffré.
  • Différencier sans fabriquer deux exercices. Le même exercice, avec des mots pris à deux échelons différents, occupe toute la classe au bon niveau.
  • Vérifier son intuition. C'est peut-être l'usage le plus utile. Jardin est à l'échelon 4, donc accessible dès le CP ; hasard attend l'échelon 25, soit la 6ème. Peu de gens auraient parié sur un tel écart.

Pourquoi un échelon vaut mieux qu'une fréquence

Une question revient dès qu'on veut calibrer du vocabulaire de façon systématique : faut-il se fier à l'échelon Dubois-Buyse, ou à la fréquence du mot dans les corpus écrits, plus facile à obtenir ?

Les deux mesures ne disent pas la même chose, et l'écart est instructif. Un mot très fréquent n'est pas forcément facile à écrire : femme, monsieur ou vingt sont partout et pourtant piégeux — la fréquence les classerait « faciles ». À l'inverse, un mot peu fréquent mais parfaitement régulier ne pose aucune difficulté orthographique. La fréquence mesure l'exposition ; l'échelon mesure la réussite effective. Pour décider si un mot a sa place dans un exercice de CE2, c'est le second qui compte.

En pratique, on utilise donc l'échelon comme repère principal, et la fréquence comme repli pour les mots que l'échelle ne couvre pas — en gardant à l'esprit la limite décrite plus bas : un mot absent de l'échelle n'est pas un mot facile.

Trois limites que nous avons mesurées

Aucune ressource n'est parfaite, et il vaut mieux connaître les bords d'un outil que de le croire universel. Voici ce que nos évaluations ont fait ressortir.

1. Elle mesure la rareté d'un mot, pas la difficulté d'une règle. C'est la limite la plus structurante, et la plus contre-intuitive. L'échelle est excellente pour l'orthographe lexicale et le vocabulaire. Elle est trompeuse en grammaire. Vérifié sur un banc de 246 verbes courants : tuer est à l'échelon 6, donc classé « facile » — alors qu'il est trivialement régulier et n'apprend rien ; aller est à l'échelon 17, donc « moyen » — alors que c'est l'un des verbes les plus irréguliers du français. En conjugaison, ce qui fait la difficulté n'est pas la rareté du mot mais l'écart à la règle. Pour graduer de la conjugaison, il faut donc un second axe : la régularité morphologique, qui se calcule depuis les paradigmes et non depuis la rareté.

2. Sa couverture est partielle, et l'absence ne veut rien dire. Avec près de 4 000 mots, l'échelle couvre le vocabulaire courant, pas la langue. Rythme n'y figure pas — ce qui ne signifie évidemment pas qu'il soit facile. Un système qui traiterait « absent de l'échelle » comme « niveau inconnu, donc autorisé » servirait des mots hors de portée. L'hypothèse prudente est l'inverse : hors de l'échelle, considérer le mot comme difficile par défaut.

3. Sa densité est très inégale selon les niveaux. En répartissant les mots de l'échelle par cycle, on obtient environ 935 mots pour le cycle 2, 2 460 pour le cycle 3, et seulement 332 pour le cycle 4. L'échelle est taillée pour le primaire — c'est son objet — et elle s'amincit nettement au collège. Pour les niveaux hauts, elle doit être complétée. Ajoutons qu'une échelle établie en 1940 porte forcément la marque du vocabulaire scolaire de son époque : elle reste remarquablement solide sur le lexique de base, qui bouge peu, mais on n'y trouvera pas les mots entrés dans la langue depuis.

Ces trois limites ne disqualifient pas l'échelle : elles délimitent son usage. Pour calibrer du vocabulaire et de l'orthographe lexicale du CP à la 6ème, elle n'a pas d'équivalent gratuit.

Et la question de la licence

C'est une question à se poser avant de bâtir quoi que ce soit sur une ressource, et elle est trop souvent négligée. L'échelle Dubois-Buyse est un travail scientifique ancien, dont les listes de mots circulent librement depuis des décennies, republiées par des circonscriptions et des académies ; l'ouvrage de référence qui la documente, lui, reste une publication commerciale. La distinction mérite d'être gardée à l'esprit dès qu'on dépasse l'usage en classe, pour lequel ces listes ont toujours été diffusées.

Le point vaut d'être connu, car il réserve des surprises. Manulex, une base de fréquence lexicale scolaire remarquable, est diffusée en Creative Commons BY-NC-SA : la clause « non commercial » s'étend jusqu'aux résultats de requêtes. Le dictionnaire des synonymes du CRISCO exclut lui aussi l'usage commercial. Ces ressources sont parfaitement utilisables en classe — c'est leur vocation — mais leurs conditions méritent d'être lues avant d'envisager autre chose.

Cet article ouvre une série où nous passons en revue les bases de données linguistiques libres du françaisLexique 3 pour la phonologie, Morphalou pour les formes fléchies, le Lefff pour la construction des verbes, DBnary et WOLF pour le sens. Avec une conclusion qui nous a surpris nous-mêmes : les ressources qui décrivent la forme d'un mot tiennent la charge, celles qui prétendent en décrire le sens ont toutes fini remplacées par des listes relues à la main.

Pour aller directement à l'exercice

Si vous êtes venu chercher l'échelle pour préparer une séance, notre générateur de fiches d'exercices peut vous faire gagner l'étape suivante : il compose une fiche A4 avec son corrigé, sur les notions et le niveau de votre choix, à partir d'exercices vérifiés un par un. C'est gratuit, sans compte, et libre de reproduction en classe.